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La coca, pierre d’achoppement entre Bogotá et Quito
La destruction de champs de coca à la frontière des deux pays empoisonne les relations entre la Colombie d’Alvaro Uribe et l’Equateur de Rafael Correa. Bogotá affirme que la guérilla marxiste des FARC se finance grâce à ces cultures là où Quito craint des dommages graves aux populations et à l’environnement. Derrière la façade, une opposition entre pro-Etats-Unis et pro-Venezuela se perçoit.
Philippe Randrianarimanana / mercredi 27 décembre 2006
 

Pour le futur chef de l’Etat équatorien, Rafael Correa, cité par El Tiempo, les destructions de cultures illégales de coca en Colombie par épandage d’herbicides sont un "acte hostile" de la part du gouvernement colombien. Le président nouvellement élu de l’Equateur, qui sera investi le 15 janvier prochain, est plongé dans une crise diplomatique avec la Colombie du président Alvaro Uribe et a annulé jeudi 21 décembre une visite à Bogotá. En effet, poursuit le journal colombien, après la reprise des destructions de champs de coca dans une zone frontalière avec l’Equateur, le 11 décembre, Quito a réagi en rappelant son ambassadeur. Le futur président Correa estime que l’utilisation d’herbicides cause des dégâts à l’environnement et aux populations.

"C’est le territoire colombien qui est aspergé. Cela n’affecte pas l’Equateur, à moins que Correa craigne que ces cultures ne se déplacent sur son propre territoire, comme ce fut le cas dans les années 1990, quand les champs de coca furent détruits en Bolivie et au Pérou", note un éditorialiste d’El Tiempo. Qui considère par ailleurs comme "inouïe et absurde l’ingérence du président élu de l’Equateur dans un thème de politique intérieure qui ne concerne que le gouvernement colombien".

Dans son éditorial, son confrère équatorien El Universo critique, lui, la politique colombienne de destruction des cultures, jugée peu efficace et surtout néfaste. Le journal s’en prend directement à la politique antiterroriste proaméricaine du président Uribe, qui lutte contre la guérilla marxiste des Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC), mais a passé avec les mouvements paramilitaires d’extrême droite des accords jugés douteux par de nombreuses organisations de défense des droits de l’homme.

"Ce qui est sûr, c’est que les groupes paramilitaires colombiens avec qui Uribe a négocié sont sur le point de passer à nouveau à l’action et que la guérilla de gauche, avec laquelle Uribe ne négocie pas, demeure active car sa direction militaire est intacte", note El Universo. "Il est facile de se présenter comme un grand combattant antidrogue et d’essayer d’en tirer un crédit politique quitte à atteindre des innocents et à accroître les tensions dans les pays voisins, mais il est plus difficile d’obtenir des résultats réels qui bénéficient à la région."

El Comercio, autre journal équatorien, observe pour sa part la radicalisation des positions de Quito et de Bogotá. Une tendance d’autant plus nette que 17 militaires colombiens sont morts lors d’une offensive des FARC, qui seraient financées par la culture de la coca, selon le président colombien. Par ailleurs, le chef de la police colombienne, le général Jorge Daniel Castro, a annoncé le 25 décembre la découverte de 10 à 15 hectares de champs de coca en Equateur, dans une zone frontalière de la Colombie. Pour les autorités équatoriennes, cette dernière déclaration n’a pour objectif que de "nuire à l’Equateur", rapporte El Comercio.

Reste que la crise diplomatique entre Quito et Bogotá est alimentée également par les alliances à l’échelle du continent et les rapports avec les Etats-Unis. Si le président Uribe est le meilleur allié de Washington dans la région, Rafael Correa est un "imitateur" du président vénézuélien Hugo Chávez, d’après le quotidien madrilène El País, à l’instar du président bolivien Evo Morales. De ce point de vue, il est significatif que c’est lors de sa rencontre avec Hugo Chávez à Caracas, le 15 décembre dernier, que Rafael Correa a annoncé le rappel de son ambassadeur à Bogotá.