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14 février : Saint Valentin...
Journée internationale des Travailleuses et Travailleurs des Fleurs
 

Le 14 février, fête de la Saint Valentin, est la journée où sont vendues le plus de fleurs dans le monde. Alors que les amoureux se délectent de cette beauté naturelle, les travailleuses et travailleurs de la floriculture d’exportation réalisent des journées de travail allant jusqu’à 20 heures, leurs droits sont bafoués et leur santé tout comme l’environnement sont mis en sérieux danger.

La production de fleurs sur le marché planétaire se fait principalement aux Pays-Bas, en Colombie, en Équateur, au Mexique, au Kenya, au Zimbabwe et plus récemment en Chine. Tous se disputent ce marché dans une véritable course à la diminution des coûts de production, qui passent ainsi sur le dos des travailleurs, dont les conditions de travail se dégradent et dont on exige un rendement sans cesse accru.

La Colombie est le deuxième exportateur mondial de fleurs après les Pays-Bas et le premier pourvoyeur des États-Unis. Au Canada, un peu moins de 50 % des fleurs coupées importées proviennent de la Colombie, principalement les roses et les oeillets.

Des conditions de travail difficiles

Pendant que les exportateurs de fleurs en Colombie ont écoulé pour plus d’un milliard $US de fleurs en 2007 et que le marché mondial des fleurs avoisine les 16 milliards $US, les salaires des employés sont dérisoires. Le salaire minimum légal mensuel est de 170 euros en Colombie et d’environ 30 euros au Kenya... Somme insuffisante, dans les deux cas, pour couvrir les besoins de base d’une famille.

Les propriétaires de serres de fleurs assurent respecter les normes minimales du travail et quelques-uns offrent des certifications écologiques et sociales. Bien que cela soit souhaitable, plusieurs témoignages recueillis auprès des travailleurs démontrent que le paiement du salaire minimum et des avantages sociaux n’est souvent pas fait en bonne et due forme puisque le secteur favorise la sous-traitance.

Sans contrat, la main-d’oeuvre doit travailler de nombreuses heures supplémentaires et peut être remerciée facilement, surtout lorsqu’elle tente de s’organiser afin de faire respecter ses droits. [...] Les journées de travail sont exténuantes, spécialement lors de la période devançant la Saint-Valentin, et les exigences de rendement sont souvent démesurées, variant entre 250 et 300 coupes et 1250 à 1500 classifications à l’heure, aggravant ainsi les risques pour la santé du travailleur.

Les exportateurs de fleurs, multinationales ou propriétaires indépendants, vantent leurs avantages comparatifs sur le marché : une main-d’oeuvre abondante et bon marché, peu ou pas de conditions de travail minimales à respecter, peu ou pas de règles environnementales, peu ou pas de syndicats indépendants, des ressources naturelles presque données, aucune taxe municipale et aucun impôt national à payer. C’est ce qui permet à tous les petits consommateurs de nos pays du Nord de s’exclamer de joie lorsqu’ils voient le prix de la douzaine de roses baisser de moitié.

Impacts environnementaux

De plus, les fleurs sont exportées par millions tous les jours en avion, le moyen de transport le plus polluant. Des études réalisées par la Société colombienne de recherche agricole démontrent par ailleurs que la quantité d’eau contenue dans la nappe phréatique de la région où sont cultivées en serre 94 % des fleurs destinées à l’exportation en Colombie, aurait diminué de 50 %.

En un an, les serres utilisent tout à fait gratuitement la quantité d’eau nécessaire à l’approvisionnement de 600 000 personnes alors que des municipalités sont aux prises avec des pénuries d’eau. Plusieurs cours d’eau et de grandes superficies de sol sont contaminés par les fertilisants, les terres deviennent infertiles, des déchets solides et toxiques sont générés, l’air respiré par les travailleurs est souvent vicié par la fumigation, l’écosystème de la région est affecté par les monocultures et des organismes génétiquement modifiés sont insérés dans les plantations. [...]

Défendre les droits

Aucune certification sociale ou écologique ne peut garantir de bonnes conditions de travail ou le respect de l’environnement si les travailleuses et travailleurs, ne disposant pas de contrats de travail ou d’un syndicat autonome, se retrouvent museléEs dans la défense de leurs droits sous peine d’être congédiéEs.

Les travailleurs et travailleuses de la Colombie insistent auprès du ministère de la Protection sociale de la Colombie et les propriétaires de serres de fleurs d’exportation afin qu’ils assurent la protection des droits des travailleuses et travailleurs des fleurs :

- En respectant le droit à la libre association et en cessant toutes mesures dissuasives contre l’organisation syndicale autonome et indépendante en Colombie.

- En évitant la sous-traitance, en contractualisant directement avec les travailleuses et travailleurs, et en interdisant les coopératives de placement (Cooperativas de Trabajo Asociado, CTA).

Pour Margarita, travailleuse de serre en Colombie depuis 20 ans, la lutte pour les droits continue. Elle n’hésite pas à qualifier le travail en serre d’exploitation. Aux consommateurs du monde qui s’apprêtent, insouciants, à acheter une gerbe de roses, elle dit ceci : « Vous achetez la sueur de plusieurs travailleurs. Vous pouvez nous aider à conscientiser, à persuader... Pour que ne soient pas si nombreuses les violations de nos droits comme travailleurs, que les entreprises se responsabilisent, et les acheteurs aussi. »

Depuis 2002, le 14 février est devenu, pour Margarita et ses collègues, la Journée internationale des travailleurs des fleurs, jour où des milliers de travailleurs recevront un hommage afin qu’on se rappelle que leur vie est plus importante que des milliers de fleurs réunies.

Voir :

* Corporación Cactus (en espagnol)

* Signer la pétition pour des conditions de travail dignes dans la floriculture en Colombie

Ci-joint (PDF) :

* Le dernier numéro de "Florecer", bulletin du syndicat national colombien des travailleurs des fleurs.

* Rapport 2007 de War on Want sur "Le coût humain des fleurs coupées dans les supermarchés britanniques" (en anglais)