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L’oligarchie n’accepte rien de ce qui menace la dictature du capital
Entretien avec Carlos A. Lozano Guillén, directeur de VOZ. Une analyse de la réalité colombienne
Semanario Voz / lundi 30 octobre 2017
 

Carlos A. Lozano Guillén est le directeur de VOZ et un analyste reconnu sur le thème de la paix. La preuve en est qu’il a écrit sept ouvrages sur ce sujet à différentes époques. Pour www.semanario voz.com, nous avons voulu connaître ses opinions sur les difficultés rencontrées pour l’application de l’Accord de La Havane et leurs perspectives de dépassement, au milieu des contradictions avec les ennemis de la paix, des fragilités du gouvernement de Santos, de la campagne électorale et la recherche d’une solution démocratique de la crise.

Question : Certains analystes, de droite comme de gauche, considèrent que le processus de paix traverse une crise difficile à résoudre. Suite à la décision de la Cour Constitutionnelle qui donne un feu vert aux modifications des projets par les congressistes, feu vert que ces derniers ont pris très au sérieux, on assiste à une crise de confiance, une crise du respect des engagements, une crise de l’application, en raison de la résistance du Congrès de la République à voter les lois et les actes législatifs qui mettent en oeuvre l’Accord de La Havane. Quelle est votre opinion ?

Réponse : Prenons les choses une par une. Il y a une crise dans le processus d’application de l’Accord de La Havane. Il est l’objet d’une espèce de renégociation dans certains cas et aussi de changement arbitraire, tant de la part du gouvernement et des agents de l’Etat que des congressistes, dont ceux qui sont dans la coalition gouvernementale. C’est, pour le Gouvernement, l’Etat et les partis de la coalition officialiste, sans doute pour des raisons différentes, une manière de poser un lapin à l’Accord avec les FARC-EP. Quelles qu’en soient les raisons, c’est un acte de trahison, un manque de parole. Les FARC-EP, par contre, ont respecté au pied de la lettre les engagements des accords pactés à La Havane - et qui les obligent. C’est la différence.

La panique de l’oligarchie face aux réformes

Au fond, ce que nous avons toujours expliqué est ratifié. J’ai dit à de multiples reprises dans de nombreuses analyses sur les processus de paix, et en faisant des comparaisons avec les précédents, que l’oligarchie colombienne, toute sans exception, a une peur panique des changements, des réformes démocratiques. Pour préserver le pouvoir sempiternel qu’ils ont maintenu grâce à la violence et la terreur, ils savent que leur pire ennemi est la démocratie, le régime des libertés et des garanties. C’est pourquoi les processus antérieurs ont échoué et c’est à cause de cela que la mise en oeuvre de l’Accord de la Havane est en crise. La clef de la classe dominante bourgeoise pour se maintenir au pouvoir a été la violence, la précarité démocratique et donc, ils n’ont aucun intérêt aux changements, aussi minimes soient-ils. Il y a parmi eux un secteur réaliste qui a compris la nécessité d’une ouverture limitée et c’est de là que viennent les tentatives de paix dialoguée et le succès de La Havane, mais ils cèdent aux pressions, ils font des concessions à l’ultradroite militariste et guérrière.

Les FARC ont respecté leur parole et ils ont mis fin à la lutte armée : ils ont laissé les armes et ils ont fait le passage à un parti sans armes, c’était ce qui intéressait Santos, Uribe Vélez, Vargas Lleras, Martínez Neira, et tous ceux qui détiennent le pouvoir et aspirent à maintenir le statu quo. Les changements qu’ils permettent sont ceux qui ne mettent pas en danger leur pouvoir politique et économique. C’est ce que Santos a appliqué pendant la négociation... Pas question de discuter le modèle économique, la propriété privée, la "confiance des investisseurs", etc... Rien de ce qui menace la dictature du capital.

Des contradictions dans le bloc dominant

Q : Mais il y a des contradictions entre eux...

R : Bien sur qu’il y en a. On pourrait appeler ça les contradictions du bloc hégémonique au pouvoir, ou bloc dominant. Et elles s’expriment de différentes manières. Alors que Santos, par exemple, veut la réconciliation parce que la paix est son drapeau et que la paix n’a pas de sens sans réconciliation, l’extrême droite, elle, revendique la victoire militaire, prône la vengeance, les représailles et promeut la violence. Elle veut voir Timoleón et tous les anciens membres du Secrétariat des FARC en prison et extradés aux Etats-Unis. Mais en plus, ceux qui sont les plus compromis dans la guerre sale, le terrorisme d’Etat, la violence contre le mouvement populaire, la promotion du paramilitarisme et le génocide, ont peur de la justice transitionnelle et de la Juridiction Spéciale de Paix, la célèbre JEP, car il se pourrait qu’ils aient à y répondre de leurs atrocités. Ce sont les politiciens traditionnels, les chefs d’entreprise, grands propriétaires, éleveurs, commerçants qui ont protégé les crimes, les ont financé et l’ont fait en toute impunité. Celui qui a carte blanche, c’est l’ex-président Uribe Vélez qui a commis toute une série d’irrégularités et de délits et qui a été couvert par la Commission des Accusations de la Chambre des Représentants (Commission des Absolutions, dit-on). Mais il tombera. Que ce soit à la Cour Pénale Internationale ou quand existera une véritable justice dans le pays. Je partage la proposition de Roy Barreras, sénateur officialiste qui, face à l’offensive réactionnaire du Congrès, affirme que la meilleure voie est la convocation d’une Assemblée Nationale Constituante à moyen terme.

Un polititien réaliste mais avec un jeu double

Q : Ce que vous avez dit de Santos le met dans le camp des gentils ?

R : On ne peut pas dire ça comme ça. Santos est un politique réaliste, mais il joue aussi un double jeu. Au gouvernement, ils sont en train de reformuler parties des accords. Sa position est ambigüe, il fait des concessions à l’extrême droite. Il y a des ennemis de la paix à l’intérieur du Gouvernement et de l’Etat, et il n’agit pas contre eux. Il ne respecte pas non plus les pactes sociaux avec les communautés et cela fragilise les accords de paix, il y a une profonde insatisfaction populaire dans le pays. Regardez tout le jeu qu’il a donné à Vargas Lleras, cet affairiste en politique qui a monté sa campagne présidentielle avec des fonds publics et qui est à la tête du parti Cambio Radical, un des partis les plus infestés de parapolitique et de corruption. C’est pour ça qu’il craint tant la JEP. Il a fait un clin d’oeil à Néstor Humberto Martínez Neira pour qu’il soit Procureur Général de la Nation et regardez le rôle néfaste qu’il joue comme saboteur de la paix. Rodrigo Lara, le président de la Chambre, est un provocateur contre les accords de paix, son père Rodrigo Lara Bonilla, un homme extraordinaire, un démocrate, fondateur du Comité Permanent des Droits Humains, doit se retourner rageusement dans sa tombe en voyant son fils parrainer la guerre et soutenir les paramilitaires qui l’ont assassiné. Quelle horreur !

Camarades, il ne faut pas oublier que Santos a été le ministre de la défense d’Uribe Vélez, que pendant son mandat, il a fait l’attaque en Equateur pour assassiner Raúl Reyes, qu’il y a eu les faux positifs, et qu’il a soutenu les actions contre les facilitateurs de paix. Tout cela compte à l’heure de faire des bilans. Ne nous trompons pas. Il n’est pas correct, par exemple, de proposer des alliances électorales avec lui pour défendre l’Accord de La Havane, comme le proposent certains à gauche. L’assassinat d’Alfonso Cano a été un acte de trahison, alors qu’il était le principal interlocuteur pour établir les dialogues avec les FARC, il n’a pas hésité à ordonner son exécution. L’histoire n’est pas capricieuse, elle est têtue. Elle est vraie quand on raconte ou on écrit bien.

Le pays est ébranlé par les explosions sociales. La réponse qui y est donnée est au refus de les résoudre et la répression aux mains des criminels de l’ESMAD que le Gouvernement ne veut pas dissoudre malgré les exigences des organismes humanitaires nationaux et internationaux. On agit pas non plus contre le paramilitarisme et ses complices qui baignent de sang la géographie nationale. Dans le camp de la gauche et du mouvement populaire, il y a trop de morts et pourtant les sphères officielles continuent à nier l’existence du paramilitarisme et la vague systémique de violence. Il s’agit d’un plan d’extermination qui a le soutien des secteurs militaristes et d’espionnage de l’Etat. Et Santos n’agit pas. Je ne dis pas qu’il est engagé dedans, mais seulement qu’il n’agit pas en conséquence. Une partie des chefs de l’armée conspirent contre la paix. Ne nous y trompons pas.

Ce n’est pas l’hécatombe

Q : Et donc, que faire ? Quel chemin emprunter ?

R : D’abord, il faut dire que la situation est grave, délicate, mais que ce n’est pas non plus l’hécatombe. Nous ne sommes pas au fond du trou, sans solution. Quelquefois, on entend des discours catastrophiques, apocalyptiques. Comme s’il n’y avait plus de solutions. Cette conduite est erronée parce qu’elle engendre de la panique chez les gens et du pessimisme, elle paralyse la mobilisation et la réponse populaire. Au contraire, l’ensemble de la gauche et des organisations sociales d’avant-garde sont en train d’agir, en train de promouvoir la résistance populaire et la dénonciation internationale de ce qui se passe dans le pays. La grève du Sommet Agraire est exemplaire. Les mobilisations dans plusieurs régions aussi. La grève des pilotes, des fonctionnaires de la DIAN, les déclarations de la USO et l’appel à une grève générale nationale en défense des Accords de la Havane et de la vie, nous montrent le chemin à suivre. Nous ne pouvons pas être dans l’expectative, il faut agir, lutter. La meilleure tranchée, c’est la lutte et la résistance des masses.

Il y a d’autres initiatives qui avancent comme le référendum révocatoire du maire de Bogotá, Enrique Peñalosa, il y a aussi celles en provenance des organisations sociales et syndicales qui sont réunies quasiment en session permanente, et qui mûrissent les conditions d’une grêve nationale qui est inévitable. Il y a un bon état d’esprit dans le secteur social et populaire, et c’est important, car cela représente la présence de la majorité de la gauche.

Q : Il y a aussi le dialogue avec l’ELN...

R : Oui, l’observation est pertinente. Le dialogue avec l’ELN est en train de se développer et il est en bonne voie, avec un cessez-le-feu bilatéral qui court jusqu’au mois de janvier, avec des possibilités de prolongement. Il faut le défendre. La consigne n’est pas seulement de défendre l’Accord de La Havane, mais aussi le dialogue avec l’ELN en Equateur, il doit être maintenu et continuer. La réunion récente de la direction du parti FARC avec les délégués de l’ELN à la table de Quito est très importante. Le non-respect des accords de La Havane par le Gouvernement n’est pas un bon message, il ne donne pas confiance à la guérrilla de l’ELN. C’est le chef négociateur du Gouvernement, Juan Camilo Restrepo, qui l’a lui-même reconnu il y a quelques jours, dans un entretien qu’il m’a accordé pour Telesur.

Le processus électoral

Q. Le processus de mise en oeuvre de l’Accord a lieu pendant la campagne électorale, cela n’exacerbe-t-il pas encore plus l’état d’esprit de l’extrême droite et des ennemis de la paix ?

R : Oui, bien sur. L’extrême droite uribiste, toujours aussi arrogante, annonce qu’elle mettra en miettes l’Accord de La Havane et qu’elle interrompera les dialogues avec l’ELN. C’est la politique de la terre brulée, de la guerre totale. Et c’est ce que nous devons prendre en compte pour élaborer la tactique électorale de la gauche.

L’Accord Final de La Havane n’a pas seulement mis un point final au conflit armé de plus d’un demi siècle, il a aussi ouvert d’énormes perspectives d’avancées en matière de réformes démocratiques et sociales. L’ouverture démocratique, c’est ni plus ni moins pour dépasser définitivement les causes du conflit. C’est une réalité. C’est pourquoi le chemin dans la campagne électorale et au delà, c’est de forger un front large de forces alternatives pour défendre ce qui a été conquis et agir, à travers un programme commun, avec l’ambition de prendre le pouvoir, pour vaincre le bloc hégémonique de la droite et bloquer la route de l’extrême droite délirante et fachisante. C’est un front large, démocratique et progressiste, non limité au champ de la gauche. Il doit aller au delà d’elle, sans composantes réformistes mais en comprenant bien la portée réelle du front. Pour la démocratie et l’amélioration des conditions sociales, pour consolider les résultats de La Havane et ce qui viendra de Quito. Dans cette direction, l’idée d’un gouvernement de transition est pertinente. C’est un moment historique de transition, pour avancer vers un autre moment du stade politique et social national.

Si nous faisons un rappel historique, il y a des exemples dans le passé. Le plus significatif, tout en gardant les proportions, fut peut-être celui de la politique du front populaire en Europe et dans le monde pour barrer le passage au nazisme et au fachisme. En Colombie, cela s’est exprimé par le soutien des communistes au gouvernement de Alfonso López Pumarejo appelé la "révolution en marche", afin de freiner la menace des conservateurs adorateurs du nazifascime de l’époque. S’il n’y avait pas eu cette réalité, on n’aurait peut-être pas donné ce soutien. Par contre, ce fut une erreur de ne pas avoir soutenu Jorge Eliécer Gaitán dans les élections de 1946 que gagna Mariano Ospina Pérez qui instaura un régime terroriste d’Etat grâce à la défaite libérale. Regardez les exemples de l’histoire qui doivent nous servir, non pas pour les répéter, mais pour mieux analyser le meilleur chemin dans ce moment historique. Lénine a orienté la révolution démocratique-bourgeoise, en février 1917, comme voie d’unité pour vaincre le tsarisme et ce fut l’antichambre de la révolution socialiste d’octobre qui fête cent ans ces jours-ci.

Les principes sont inaltérables

Cela ne veut pas dire que la gauche révolutionnaire abandonne ses principes. C’est une question de corrélation des forces, car il s’agit d’accumuler des forces dans la nouvelle réalité en vue de la lutte stratégique pour les changements structurels, les transformations révolutionnaires et le socialisme. Accumuler des forces pour avancer dans la définition du problème du pouvoir.

Timoleón a bien expliqué que les avancées de l’Accord de La Havane sont ceux qu’a permis la corrélation des forces, c’est ce qu’enseigne le b-a-ba de la théorie révolutionnaire. En ce qui nous concerne, nous sommes marxistes-léninistes, communistes, nous ne sommes pas des anarchistes illusoires qui pensent que la révolution est toujours au coin de la rue. Cette révolution, nous devons la construire. Et ainsi, alors que la démocratie incommode la droite, c’est notre meilleur allié dans la lutte pour le pouvoir. Il y a des expériences dans toute la planète. La plus récente est celle du Vénézuela bolivarien, où la gauche a changé la tendance politique avec l’élection de la constituante et les élections des gouverneurs. Elle ne s’est pas laissée cerner par le terrorisme de l’opposition ni par les bandes mafieuses soutenues de l’extérieur.

Ici, nous avons eu du soutien de l’extérieur. De l’Union Européenne, d’Amérique Latine, pour construire la paix, pour tourner la page de la violence qui dure depuis plus d’un demi siècle, c’est important.

C’est pourquoi nous soutenons une alliance des forces alternatives. La dernière plénière du Comité Central a invité les candidats alternatifs à discuter, essayer d’élaborer ensemble un programme commun, ce qui est le plus important. Cela vaut la peine d’essayer afin de défendre les dialogue de La Havane et la Table de Quito, et s’engager dans la lutte démocratique et sociale. C’est un engagement historique, un défi pour vaincre les hésitants et ceux qui encouragent la guerre.

Piedad est une révolutionnaire d’un grand courage

Q : Et dans tout cela, où se trouve Piedad Córdoba ? Je vous le demande parce que je ne sais pas si vous avez lu l’article de la Silla Vacia...

R : Je l’ai lu et cela m’a attristé de voir comment on manoeuvre une situation pour ouvrir des fissures à gauche. L’article est de Laura Ardila, une journaliste décente que je connais et que je respecte, mais elle a eu un parti-pris odieux, et elle a raconté son histoire dans cette direction. Je ne crois pas qu’elle l’ait fait de mauvaise foi, peut-être par attachement à Piedad, qui est une personnalité extraordinaire, une héroïne de la lutte démocratique en Colombie et une femme qui a beaucoup de qualités.

Laura m’a interviewé quinze minutes environ et elle a juste sorti un petit parragraphe en dehors du contexte pour accomoder ce qu’elle voulait montrer, c’est à dire que la gauche, les amis de Piedad, lui ont tourné le dos. Elle recueille même des ragots pour le démontrer et cela n’est pas sérieux. En ce qui concerne la Marche Patriotique, il ne s’agit pas de ça. Je suis un des porte-paroles de la Marche Patriotique et je sais bien que là, on l’aime, on l’apprécie et on ne lui a pas tourné le dos, il y a des décisions en cours qui n’ont pas été adoptées. Et dans plusieurs régions, les gens de la Marche Patriotique l’ont accompagnée dans ses tournées électorales. Personnellement, je ne lui ai pas tourné le dos non plus et je ne suis pas un ingrat, parce que Laura assure que Piedad finance le journal VOZ. La vérité, c’est qu’elle nous aide et je l’en remercie. Une fois, il y a trois ou quatre ans, elle nous a fait une contribution économique importante. L’année dernière, elle nous a financé un coktail au Club des Exécutifs et en décembre, elle nous a prêté de l’argent que nous lui avons déjà remboursé. Ce furent des gestes généreux, propres d’une femme comme Piedad, solidaire et battante. Mais elle ne l’a jamais conditionné à autre chose que de voir VOZ continuer la bataille journalistique et révolutionnaire. Ce fut quelque chose de normal, transparent et sans aucune irrégularité. Et donc le parti-pris instillé par Laura est indigne. En réalité, VOZ se finance avec le soutien du Parti Communiste, des organisations syndicales du pays et de l’extérieur, ave ses propres ressources qui proviennent de la vente du journal et des campagnes financières, avec le Festival de VOZ et l’aide de personnalités généreuses comme Piedad Córdoba.

Nous aimons beaucoup Piedad, je l’admire personnellement et elle a été une amie très proche qui m’a soutenu dans dans moments difficiles comme celui qui m’est arrivé pour raisons de santé. Elle a le droit de réaliser sa campagne présidentielle et elle a suffisamment de mérites pour présider ce pays. Et tout le monde doit avoir la certitude que Piedad a un espace dans ce projet unitaire, et si ce devait être, ce serait une excellente candidate. Mais cela doit être le fruit du processus unitaire même, des décisions démocratiques de celles et ceux qui intègrent le front. Piedad, evidemment, a ses propres opinions et elles sont très respectables. C’est tout.

Source : Semanario VOZ
Traduction : CM